Travailler moins et gagner plus !

par Philippe Frémeaux du mensuel Alternatives Economiques

 www.alternatives-economiques.fr

 Nicolas Sarkozy l’a martelé durant la campagne présidentielle : ce n’est qu’en travaillant plus qu’on parviendra à travailler tous. Ce discours se veut d’abord une démarche morale. Il s’agit de remettre au premier plan les valeurs du mérite, de l’effort et de sa juste récompense. Un message destiné à tous ceux qui travaillent durement pour un maigre revenu et qui estiment, à tort ou à raison, que ceux qui vivent de l’assistance ou de la débrouille s’en sortent presque aussi bien qu’eux. Un message qui a su séduire également bien des retraités qui pensent que les actifs d’aujourd’hui ne travaillent plus autant qu’eux hier et craignent donc pour l’avenir de leurs pensions…

Un des paradoxes français tient au fait que loin d’être des fainéants, les Français travaillent pourtant plutôt plus que les autres. Le nombre hebdomadaire d’heures travaillées est supérieur à celui observé dans les pays européens les plus développés, et l’intensité et l’efficacité du travail français sont particulièrement fortes. Cette forte intensité s’accompagne d’une forte concentration de l’emploi sur les 25-55 ans, une situation qui n’est ni économiquement ni socialement souhaitable et qui constitue une forme de partage du temps de travail, entre ceux qui travaillent et ceux qui chôment.

Dans ce contexte, l’objectif que s’est fixé notre nouveau président d’accroître la quantité de travail ne sera porteur de progrès économique et social que s’il parvient à convertir le travail supplémentaire en emplois de qualité pour tous.

Affirmer la nécessité de travailler plus renvoie également à l’idée que le travail n’est pas un gâteau à la taille immuable et que c’est d’abord en le développant qu’on créera des emplois. Croire que la quantité de travail serait un stock fini qu’il s’agit de partager est évidemment une idée stupide. Et aucun économiste, y compris parmi les plus ardents défenseurs des 35 heures, ne le prétend. En revanche, considérer que la croissance devrait avoir pour objectif central d’augmenter le nombre d’heures travaillées contredit l’idée même de progrès économique. Un salarié travaillait en moyenne 150 000 heures durant sa vie active au début du siècle dernier ; il y consacre un peu plus de 60 000 heures aujourd’hui, plus de deux fois moins. Cette évolution a été rendue possible grâce aux fantastiques grains de productivité réalisés en un siècle. Ils nous ont permis de gagner beaucoup plus tout en travaillant beaucoup moins. Poursuivre dans cette voie devrait être la priorité assignée à tout système économique.

Prétendre qu’on ne pourrait gagner plus qu’en travaillant plus, c’est accréditer l’idée que les gains de productivité ne peuvent plus être mobilisés ! Une vision de l’emploi tout autant statique que celle prêtée aux défenseurs du partage du travail. Sauf à considérer qu’il serait désormais légitime que le bénéfice des gains de productivité soit réservé aux plus riches, actionnaires ou managers à stock-options. L’enjeu est au contraire de continuer à engranger un maximum de gains de productivité au bénéfice de tous. Tout en agissant pour favoriser une meilleure adéquation entre offre et demande sur le marché du travail, afin de permettre à tous ceux qui souhaitent travailler de le faire.

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